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Colloque: Académies de marine européennes - Jeunesse, Pêche durable, Gouvernance de l’océan

Colloque des Académies de marine européennes : jeunesse, pêche durable et gouvernance de l’océan

Deep Blue Foundation

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Résumé

Compte rendu de la séance d’ouverture et de la table ronde consacrée aux pêches lors du colloque des Académies de marine européennes, à Marseille en mars 2025. Après les interventions de Jean-Emmanuel Sauvée, François Lambert, Olivier Poivre d’Arvor et Amine Lehna sur l’UNOC et la place de la jeunesse, l’atelier modéré par Alain Biseau a confronté données scientifiques et perceptions publiques sur l’état des stocks, la gestion des pêches et le renouvellement de la flotte.

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Informations générales

  • Intitulé de l’événement : Colloque des Académies de marine européennes
  • Organisateur : Académie de marine
  • Date : 25 et 26 mars 2025
  • Lieu : Marseille, École nationale supérieure maritime (ENSM) et TANGRAM Center de CMA CGM
  • Modération : présentateur de la séance
  • Thème : Enjeux maritimes contemporains, jeunesse et préparation de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC) ; atelier « Pêches » et durabilité
  • Synthèse réalisée par : Deep Blue

Présentation du colloque

Organisé par l’Académie de marine dans la perspective de l’UNOC à Nice, le colloque des 25 et 26 mars 2025 a réuni à l’ENSM (Marseille) des académies de marine de France, d’Espagne, du Portugal, de Belgique, d’Allemagne et de Suède, des professionnels et des ONG. La séance d’ouverture a posé la centralité des enjeux maritimes, l’articulation des savoirs scientifiques et de l’expérience des marins, et l’implication prioritaire de la jeunesse. La première table ronde thématique a été consacrée aux pêches, avec un état des lieux fondé sur les données scientifiques, des controverses sur la perception publique et des propositions sectorielles pour une durabilité intégrant les volets écologique, économique et social.

Participants

  • Modérateur
  • Présentateur de la séance
  • Intervenants
  • Jean-Emmanuel Sauvée — Président de l’Académie de marine
  • François Lambert — Directeur général de l’École Nationale Supérieure Maritime (ENSM)
  • Olivier Poivre d’Arvor — Ambassadeur pour les pôles et les enjeux maritimes, Envoyé spécial du Président de la République pour l’UNOC
  • Amine Lehna — Président de Deep Blue
  • Alain Biseau — Modérateur de l’atelier « pêche »
  • Ernesto Penas Lado — Président de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT) ; ancien directeur à la Commission européenne
  • Alain Laurec — Ancien directeur chargé des pêches à la Commission européenne
  • Olivier Le Nézet — Président du Comité national des pêches
  • Elisabeth Vallet — Ethic Ocean

Compte rendu des interventions

I. Unir les savoirs maritimes et transmettre à la jeunesse en vue de l’UNOC

Intervention de Jean-Emmanuel Sauvée, Président de l’Académie de marine

Idée directrice : Relier l’héritage maritime européen à une responsabilité planétaire, structurer le dialogue des académies autour des thèmes de l’UNOC et placer la jeunesse au cœur de la transmission.

A. De Marseille antique à la responsabilité océanique

Jean-Emmanuel Sauvée ouvre le colloque en rappelant la fondation de Marseille par des marins grecs il y a 2 600 ans et les explorations de Pythéas et d’Euthymène, pour souligner l’ancienneté du lien entre société et mer. Il affirme que le développement économique maritime doit reposer sur la science et le respect de la planète, qualifiée de « bien commun le plus précieux ».

B. Contributions des académies à l’UNOC de Nice

Il situe le colloque dans la préparation de l’UNOC et annonce sept ateliers sur les thématiques de la conférence (pêches, aires marines protégées, changement climatique, pollution, recherche, économie bleue, droit de la mer, financement). Il salue la dimension européenne (Espagne, Portugal, Allemagne, Suède, Belgique) et la contribution de Mme l’ambassadrice Rena Lee au traité sur la haute mer (BBNJ), dans l’esprit de la devise de l’Académie : « Per hanc prosunt omnibus artes ».

C. Transmission et mobilisation de la jeunesse

Il insiste sur la présence d’étudiants (Marine nationale, Marine marchande, Sorbonne, ESCP, École des Ponts, École polytechnique) et appelle à des contributions écrites qui alimenteront une restitution fin avril 2027. L’engagement de sa génération vise à garantir que « la mer soit leur avenir ».

II. L’ENSM : héritage séculaire, coopération européenne et ambition renouvelée

Intervention de François Lambert, Directeur général de l’ENSM

Idée directrice : Affirmer le rôle historique et stratégique de l’ENSM dans la formation maritime, promouvoir l’Europe maritime et porter un projet de doublement des diplômés pour répondre aux besoins de la filière.

A. Un héritage de 450 ans au service de la culture maritime

François Lambert rappelle les racines de l’ENSM, héritière de l’école d’hydrographie fondée à Marseille en 1571, antérieure à l’Académie de marine. Il invite les élèves à enrichir leur culture maritime au contact des académiciens et cite Jean-Emmanuel Sauvée, ancien élève devenu entrepreneur de premier plan.

B. Europe maritime et dynamique de l’école

Il valorise la rencontre européenne comme démonstration de l’intérêt de confronter les expériences (pêche, AMP). Il inscrit l’événement dans la stratégie de l’ENSM : contrat d’objectifs pour doubler le nombre d’officiers diplômés d’ici 2027, soutenu par l’État, et intégration du centre de formation CMA CGM Tangram sur site.

C. Réforme, expertise polaire et économie durable

Il salue les équipes, notamment le professeur Hervé Baudu, impliqué dans la réforme STCW et expert des enjeux polaires. L’ENSM veut contribuer à une économie maritime durable et former les générations qui la porteront.

III. L’océan à l’agenda multilatéral : articuler science et expérience des marins

Intervention d’Olivier Poivre d’Arvor, Ambassadeur pour les pôles et les enjeux maritimes ; Envoyé spécial pour l’UNOC

Idée directrice : Inscrire l’océan au centre des relations internationales, fonder l’action sur l’expertise scientifique et l’expérience des marins, et mobiliser les académies pour l’UNOC.

A. Centralité de l’océan et gouvernance de la haute mer

Olivier Poivre d’Arvor rappelle que les sujets maritimes sont d’avenir et doivent s’inscrire dans le cadre multilatéral des Nations Unies. Il souligne l’enjeu du traité BBNJ pour gouverner 64 % de la surface de l’océan.

B. Double pilier : science et pratiques maritimes

Il défend une économie bleue régénératrice reposant sur les diagnostics scientifiques (élévation du niveau marin, pollution plastique, acidification) et la connaissance pratique des marins, indispensable pour protéger et exploiter durablement l’océan.

C. Appel à participation pour Nice

Il invite les académies à contribuer à la Conférence de Nice qui réunira une centaine de chefs d’État et de gouvernement, conjuguant mémoire, connaissance et expérience pour promouvoir un océan durable et équitable.

IV. Penser l’avenir maritime avec la jeunesse : un enjeu de souveraineté

Intervention d’Amine Lehna, Président de Deep Blue

Idée directrice : Combler la distance cognitive des élites françaises avec le maritime, former une génération capable de porter la souveraineté juridique, diplomatique, industrielle, militaire et alimentaire, et institutionnaliser l’engagement des jeunes.

A. Le paradoxe d’une formation éloignée de la mer

Amine Lehna déplore que les futurs décideurs soient formés loin des réalités maritimes. Deep Blue vise à « décloisonner le maritime » en grandes écoles et universités, via sensibilisations (40 jeunes en 2023 ; 40 000 internautes), actions internationales (Venezuela, Panama, Maroc) et concours d’éloquence (« Tribune Bleue ») jusqu’aux Nations Unies.

B. Former pour la souveraineté

Il décline la souveraineté en quatre dimensions : juristes pour les eaux françaises, diplomates pour défendre les intérêts, industrie et défense navale pérennes, et filière pêche pour la souveraineté alimentaire. Il alerte sur l’« effritement » de la souveraineté si la jeunesse reste distante.

C. Propositions pour une mobilisation nationale et européenne

Il propose un fonds dédié à la sensibilisation, un module obligatoire « enjeux maritimes » dans l’enseignement supérieur, un CAPES « sciences et géopolitique des océans », un contingent jeunesse dans l’Ordre national du Mérite maritime, une « Convention citoyenne de la mer », et la création d’un « Conseil national, européen et méditerranéen des jeunes pour l’océan » pour une Europe leader des océans.

V. État de la pêche : stabilisation mondiale, progrès européens et rôle de la gestion

Intervention d’Alain Biseau, Modérateur de l’atelier « pêche »

Idée directrice : Poser un diagnostic chiffré des captures mondiales et de la variabilité régionale des stocks, souligner l’amélioration notable en Atlantique Nord-Est et inviter à clarifier les notions de durabilité et d’échelles de gestion.

A. Stabilisation des captures et essor de l’aquaculture

Alain Biseau indique que la production mondiale de pêche est stabilisée autour de 90 Mt depuis les années 1980 (80 Mt maritime), tandis que la consommation par habitant a plus que doublé (≈ 9 kg à ≈ 22 kg), croissance portée par l’aquaculture. Il note l’hétérogénéité de la productivité des bassins, avec un poids important de l’océan Indien.

B. Dégradation lente globale et disparités régionales

Au niveau mondial, il observe une augmentation des stocks en surpêche, mais 62 % des stocks restent exploités durablement, représentant plus de 80 % des débarquements. Il insiste sur les grandes disparités régionales dans les niveaux et trajectoires de durabilité.

C. Amélioration marquée en Europe

En Atlantique Nord-Est, la part des débarquements français issus de populations exploitées durablement est passée de 19 % (2000) à 58 % (2023), tendance confirmée par la Commission européenne et le CIEM, sans atteindre encore l’objectif de 100 % de la PCP. Il appelle à clarifier les catégories (artisanale vs industrielle) et les critères de durabilité.

VI. Contre les discours pessimistes : la gestion fondée sur la science fonctionne

Intervention d’Ernesto Penas Lado, Président de l’ICCAT ; ancien directeur à la Commission européenne

Idée directrice : Réfuter l’image catastrophiste de la pêche en s’appuyant sur les données ; montrer que les échecs tiennent à l’absence de gestion plutôt qu’à sa nature ; illustrer par des études de cas et élargir aux enjeux climatiques et socio-économiques.

A. Critique des perceptions médiatiques et appel aux données

Ernesto Penas Lado conteste les représentations négatives (ex. documentaire « Seaspiracy ») et cite Hannah Ritchie : « regarder les données au lieu des titres ». Il met en garde contre les solutions radicales (arrêt de manger du poisson, protéines de synthèse) déconnectées des diagnostics scientifiques.

B. Efficacité de la gestion : Atlantique vs Méditerranée

Il établit une corrélation entre l’état des stocks et l’existence de systèmes de gestion robustes. En Atlantique, la mortalité par pêche est en moyenne inférieure aux objectifs de durabilité, suite à des politiques depuis les années 1980 et leurs effets dès les années 2000. En Méditerranée, le retard d’environ 15 ans (premiers plans en 2019 contre 2004 en Atlantique) explique une situation moins favorable, bien que la tendance soit positive.

C. Études de cas et avantages des pêcheries sauvages

  • Anchois du golfe de Gascogne : fermeture dans les années 2000, reconstitution et certification ultérieure, preuve d’une restauration possible quand la gestion est appliquée malgré l’opposition.
  • Thon germon (ICCAT) : biomasse abondante, faible taux d’exploitation, durabilité même avec une pêcherie de juvéniles.

Il ajoute que les thonidés sont « complètement couverts » par des ORGP, favorisant des stocks majoritairement « en vert ». Sur le climat, il avance que les pêcheries sauvages ont une empreinte carbone très basse comparée aux protéines animales terrestres, parfois même à certaines végétales. Remplacer 90 Mt de poissons par du soja exigerait des surfaces agricoles supplémentaires considérables, avec des impacts sur l’eau, les pesticides et l’usage du sol. Il met en garde contre la concentration industrielle si les protéines marines étaient substituées par des protéines « in vitro » ou végétales, plaidant pour un débat public sur les modèles (décentralisé vs oligopoles).

D. Politiques européennes et perception publique

Il critique le décalage entre les évaluations de l’Agence européenne de l’environnement et les données de gestion halieutique, y voyant une « surenchère » des objectifs environnementaux sur ceux de la pêche, sans hiérarchie claire dans les traités. Il rappelle les objectifs historiques de sécurité d’approvisionnement et de productivité (depuis 1958) et défend une « utilisation prudente et rationnelle des ressources » plutôt que des « approches ultra-conservationnistes ».

VII. Spécificités de l’écologie marine et conditions d’un diagnostic fiable

Intervention d’Alain Laurec, Ancien directeur chargé des pêches à la Commission européenne

Idée directrice : Expliquer l’écart entre expertise et « doxa » médiatique par l’ignorance des particularités du vivant marin ; exposer les bases biologiques (production primaire, reproduction, dispersion) et les règles méthodologiques d’un diagnostic halieutique robuste.

A. Humilité face au vivant et rejet des analogies terrestres simplistes

Alain Laurec souligne la complexité du biologique, illustrée par l’échec du « plan cancer » de Nixon, et l’inadéquation des repères terrestres appliqués à la mer. L’écologie marine est « exotique » par rapport au terrestre, et l’invisibilité des processus sous la surface nourrit les simplifications.

B. Production primaire et chaînes trophiques

Il rappelle le rôle des cyanobactéries dans l’oxygénation des mers et l’endosymbiose à l’origine des organites photosynthétiques. La production primaire marine repose sur des unicellulaires ; les chaînes trophiques progressent par petits incréments de taille jusqu’aux organismes exploités.

C. Stratégies reproductives, dispersion et nourriceries

Les cycles marins reposent sur œufs, larves et métamorphoses. Les frayères au large émettent des larves dérivantes dans les courants de surface, recrutées ensuite dans des nourriceries côtières. Il illustre par les larves de homard et de langouste (phyllosome) et rappelle que protéger les frayères peut être moins efficace que protéger les nourriceries, l’essentiel du recrutement se jouant dans ces habitats.

D. Méthode des diagnostics et gouvernance

Un diagnostic sérieux exige :

  • couvrir l’ensemble de l’aire occupée (frayères et nourriceries) ;
  • agréger les données de toutes les techniques et flottes ;
  • recourir à des séries protocolaires stables ;
  • soumettre l’analyse à une expertise contradictoire internationale.

Il critique le focus exclusif sur les « flottes industrielles », rappelant que les progrès techniques ont accru l’efficacité de toutes les pêches (ex. pirogues motorisées en Afrique de l’Ouest). Il appelle à reconnaître le rôle des ORGP et des organismes de recherche, et à se méfier des faux experts et des unanimités médiatiques.

VIII. Durabilité intégrale, gouvernance et souveraineté alimentaire

Intervention d’Olivier Le Nézet, Président du Comité national des pêches

Idée directrice : Revendiquer la légitimité des pêcheurs, clarifier la lutte contre la pêche INN, intégrer le dérèglement climatique et les pollutions terrestres dans la gestion, et prioriser le renouvellement de la flotte pour la transition et la souveraineté alimentaire.

A. Légitimité professionnelle et complémentarité des savoirs

Olivier Le Nézet dénonce l’assignation morale des pêcheurs (« il naît coupable, il meurt coupable ») et appelle les scientifiques à s’exprimer davantage publiquement pour contrer les « fausses vérités ». Il souhaite que les ONG environnementales élargissent leur périmètre au développement durable, intégrant économie et social.

B. Pêche INN vs pêche illégale, et gouvernance internationale

Il distingue la pêche INN (absence de cadre étatique) de la pêche illégale (transgression d’un cadre existant), déplore l’absence de sanctions contre les États pratiquant la pêche INN, et souhaite que l’UNOC place ce sujet au centre, faute de quoi BBNJ et autres cadres resteront inefficaces.

C. Dérèglement climatique et modèles de gestion

Il affirme que les gens de mer sont les premières victimes du dérèglement, observant déplacements d’espèces et recompositions écologiques (ex. retour du poulpe). Il évoque l’anchois : succès biologique mais perte de marchés après fermeture prolongée, plaidant pour des mesures graduelles avec évaluation des impacts économiques et sociaux et une restauration compatible avec l’économie littorale.

D. Pollutions terrestres et qualité des eaux côtières

Il insiste sur les pollutions issues de la terre, citant l’estimation de « 178 ans » nécessaire à la restauration des réseaux d’assainissement en Bretagne. Il en conclut que la restauration des nourriceries et des frayères côtières exige des investissements massifs et une mobilisation citoyenne, sinon les restrictions de pêche resteront inefficaces.

E. Renouvellement de la flotte, transition énergétique et gouvernance sectorielle

Priorité absolue : renouveler une flotte vieillissante (≈ 35 ans pour arts traînants, ≈ 25 ans pour arts dormants, jusqu’à ≈ 60 ans outre-mer). Il estime la décarbonation totale à l’horizon 2080–2100 et vise à court terme la transition énergétique (motorisation, coque, peintures, hélices). Il souligne les barrières financières (≈ 250 000 € le mètre ; ≈ 5 M€ pour un navire ; 40 % d’apport inaccessible aux jeunes) et appelle à réautoriser les aides d’État. Il critique l’obligation de débarquement « zéro rejet » comme « ineptie environnementale, économique et sociale » et distingue la réduction des rejets, désirable, de leur suppression totale, qu’il rejette. Il évoque la souveraineté alimentaire et la traçabilité, et exprime une réserve sur la certification MSC.

IX. Chaîne de valeur, responsabilité des professionnels et lecture prudente des stocks

Intervention d’Elisabeth Vallet, Ethic Ocean

Idée directrice : Travailler avec toute la filière pour concilier consommation et préservation, responsabiliser les professionnels sur l’offre durable, et rappeler des cas d’effondrement et des critères opérationnels d’achat.

A. Démarche de collaboration sur toute la filière

Elisabeth Vallet présente Ethic Ocean comme une ONG collaborant avec producteurs, mareyeurs, distributeurs, poissonniers et restaurateurs, et sensibilisant les centres de formation. Son association est présidée par Gilles Boeuf et parrainée par le chef Olivier Roellinger.

B. Responsabilité de l’offre durable et constats globaux

Elle considère que distinguer une espèce durable est trop complexe pour le consommateur ; cette responsabilité doit incomber aux professionnels. Elle relève qu’entre 20 % et 25 % des captures sauvages mondiales sont transformées en farine et huile de poisson pour l’aquaculture et l’élevage. Elle rappelle que la Méditerranée est la deuxième zone la plus surpêchée au monde, tout en reconnaissant des progrès de gestion.

C. Études de cas et critères de consommation durable

  • Cabillaud de Terre-Neuve : effondrement dans les années 1990 ; moratoire en 1992 ; absence de reconstitution 35 ans plus tard ; consommation en France majoritairement issue d’Islande et de Norvège.
  • Empereur (grands fonds) : biologie fragile ; décimation rapide ; pêche interdite en Europe.
  • Saumon atlantique et anguille européenne : pressions multiples (surpêche, pollution, barrages, destruction d’habitats) ; l’anguille classée en danger critique ; 90 % des civelles arrivant en France ; avis scientifiques de suspension totale de pêche non suivis, quotas de civelles ayant été augmentés il y a deux ans.
  • Mondialisation et traçabilité : cabillaud pêché en Europe, fileté en Chine, réimporté.

Elle détaille trois critères :

  • 1. provenance et état du stock (zones FAO et sous-zones ; exemple cabillaud : bon état en Islande, début de surpêche en Norvège, stocks effondrés en Manche/Mer du Nord ; merlu bon en Atlantique, effondré en Méditerranée occidentale) ; RMD et codes couleur biomasse/exploitation ;
  • 2. technique de pêche (actifs vs passifs), en évitant l’opposition simpliste artisanal/industriel ;
  • 3. taille de maturité sexuelle, souvent supérieure à la taille légale : privilégier les individus ayant pu se reproduire.

X. Transition de session : lancement de l’atelier « pêches »

Intervention du présentateur de la séance, modérateur

Idée directrice : Clore la séquence d’introduction et ouvrir la table ronde thématique sur les pêches.

A. Annonce des intervenants

Le modérateur remercie Amine Lehna et introduit l’atelier « pêches », confiant la modération à Alain Biseau et appelant Ernesto Penas Lado, Alain Laurec, Olivier Le Nézet et Elisabeth Vallet.

B. Rappel des contraintes de temps et modalités de questions

En fin de session, il rappelle la nécessité de respecter les 10 à 15 minutes d’intervention et indique que les questions devront être adressées par écrit à une adresse qui sera communiquée ultérieurement.

Conclusion générale

Le colloque des 25 et 26 mars 2025 à l’ENSM a articulé trois axes majeurs. D’abord, la dimension historique et européenne des savoirs maritimes, portée par Jean-Emmanuel Sauvée et François Lambert, a servi de cadre à une mobilisation en vue de l’UNOC, avec l’appel d’Olivier Poivre d’Arvor à conjuguer science et expérience des marins. Ensuite, l’enjeu stratégique de la jeunesse, exposé par Amine Lehna, a donné lieu à des propositions institutionnelles pour former une génération souveraine sur les océans. Enfin, l’atelier « pêches » a mis en débat les diagnostics scientifiques et les perceptions publiques : Alain Biseau a posé un tableau contrasté, Ernesto Penas Lado a défendu l’efficacité des politiques de gestion fondées sur les données, Alain Laurec a rappelé les spécificités du vivant marin et les exigences méthodologiques, Olivier Le Nézet a plaidé pour une durabilité intégrale et des réformes (gouvernance contre la pêche INN, renouvellement de la flotte, révision du « zéro rejet »), tandis qu’Elisabeth Vallet a recentré la responsabilité sur la filière pour une offre durable et détaillé des critères opérationnels d’achat.

Points de convergence :

  • Nécessité d’une gestion fondée sur la science, appliquée et contrôlée.
  • Importance d’intégrer la complexité des écosystèmes marins (production primaire, dispersion, nourriceries).
  • Implication prioritaire de la jeunesse et transmission intergénérationnelle.

Divergences et tensions :

  • Lecture de l’état global des ressources : prudence d’Elisabeth Vallet vs réfutation des narratifs catastrophistes par Ernesto Penas Lado.
  • Hiérarchie et articulation des politiques environnementales et de pêche au niveau européen : critiques d’Ernesto Penas Lado et d’Olivier Le Nézet sur certaines approches et mesures (dont « zéro rejet »).
  • Modalités de gouvernance internationale face à la pêche INN et aux mécanismes de sanction.

Questions ouvertes :

  • Conditions de généralisation du « modèle atlantique » de gestion vers la Méditerranée et d’autres bassins.
  • Financement et calendrier du renouvellement de la flotte et de la transition énergétique.
  • Intégration systématique des impacts économiques et sociaux dans les décisions de gestion, en contexte de dérèglement climatique.
  • Amélioration de la traçabilité et de la responsabilité de l’offre le long de la chaîne de valeur.

Perspectives :

  • Contribution active des académies à l’UNOC de Nice.
  • Institutionnalisation de conseils de jeunes pour l’océan et d’un CAPES dédié.
  • Renforcement des ORGP, de l’expertise contradictoire et de la communication scientifique vers le public.
  • Programmes d’investissement pour la qualité des eaux côtières et la restauration des nourriceries.

Informations documentaires

Type
Colloque
Date
mars 2025
Auteur
Deep Blue Foundation
Éditeur
Deep Blue Foundation
Centres d’études
ONS · ILEB
Langue originale
français
Document original
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