Article14 octobre 202616 min de lecture

Biodiversité insulaire et biosécurité marine au Cap-Vert

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Résumé

À mon sens, les relations entre l’océan, les milieux naturels et la société cap-verdienne sont transformées par plusieurs processus simultanés.

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Quels sont aujourd’hui les changements les plus marquants dans les relations entre l’océan, les milieux naturels et les sociétés sur le territoire que vous étudiez ? Lesquels vous semblent les plus lourds de conséquences à moyen et long terme ?

À mon sens, les relations entre l’océan, les milieux naturels et la société cap-verdienne sont transformées par plusieurs processus simultanés. Il ne s’agit pas simplement de changements environnementaux isolés, mais d’une combinaison de pressions écologiques, économiques, sociales et institutionnelles qui se renforcent mutuellement.

La première transformation concerne le système climatique et océanographique. La hausse de la température de la mer, l’acidification, l’élévation du niveau de la mer, l’évolution de la productivité marine, un temps de plus en plus irrégulier et des événements extrêmes plus intenses affectent directement les écosystèmes côtiers, les ressources halieutiques et les communautés qui en dépendent. Dans les petits États insulaires comme le Cap-Vert, ces effets tendent à être particulièrement sévères, car le territoire terrestre est limité, la population et les infrastructures sont concentrées sur le littoral et la dépendance aux ressources marines est forte. Le GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, souligne que les évolutions de la température de l’océan, du niveau de la mer, des événements extrêmes, de l’oxygénation et de l’acidification affectent directement la pêche et les autres ressources marines dans les petites îles.

La deuxième transformation est l’intensification des usages côtiers et maritimes. La croissance urbaine, le tourisme, les ports, le transport maritime, l’aquaculture, l’exploitation des ressources halieutiques et l’extension des infrastructures côtières accroissent la pression sur des habitats déjà fragiles. Au Cap-Vert, cette pression est particulièrement visible dans les zones portuaires, les zones urbanisées et les lieux où se concentrent les activités économiques et de loisirs.

La troisième transformation concerne le fonctionnement de la pêche. La pêche artisanale reste d’une importance considérable pour le Cap-Vert sur les plans économique, nutritionnel, culturel et social, mais elle fait face à des changements dans la disponibilité, la répartition et l’abondance des ressources. La surpêche, la pêche illégale, les captures accidentelles d’espèces vulnérables, la dégradation des habitats et le changement climatique peuvent agir simultanément. Les pêcheurs ne font donc pas seulement face à une baisse des captures, mais à une incertitude écologique et économique croissante.

La quatrième transformation est la perte et la fragmentation de la biodiversité. Elles résultent de la combinaison de la destruction des habitats, de la pollution, des espèces exotiques introduites, des perturbations humaines, de la mortalité accidentelle et du changement climatique. Le problème est aggravé par les écosystèmes insulaires du Cap-Vert, ses populations isolées et ses espèces à aire de répartition restreinte. La stratégie nationale pour la biodiversité a déjà fait figurer parmi ses priorités la réduction des pressions, la conservation des habitats prioritaires, la restauration de la résilience des écosystèmes et le renforcement des connaissances et du suivi.

La cinquième transformation est la circulation croissante d’organismes par le commerce et le transport maritime. Les ports, les marinas, les coques des navires, les eaux de ballast, les sédiments et d’autres matériaux peuvent transporter des espèces non indigènes. Les rapports nationaux désignent les ports et les aéroports comme d’importants points d’entrée des espèces introduites et signalent les eaux de ballast comme un sujet de préoccupation particulier pour le milieu marin.

À moyen et long terme, je considère trois transformations comme particulièrement lourdes de conséquences pour le Cap-Vert.

Le changement climatique et océanographique, parce qu’il modifie les conditions physiques qui déterminent la répartition et la productivité des écosystèmes.

La réorganisation de l’économie bleue, parce qu’elle déterminera quels usages de l’espace maritime seront encouragés, encadrés ou restreints.

La capacité institutionnelle à intégrer la science, le contrôle, la participation des communautés et la planification spatiale.

L’avenir du Cap-Vert dépendra moins d’un choix entre conservation et développement que de la capacité à construire un modèle de développement qui reconnaisse les limites écologiques de l’archipel.

Comment ces changements redistribuent-ils les vulnérabilités, les ressources et les usages du sol ? Quels groupes, activités ou écosystèmes en bénéficient, lesquels deviennent plus exposés, et quels choix ou conflits en découlent ?

Ces changements redistribuent à la fois les risques, les opportunités, les ressources et la capacité de décision. Tous les groupes sociaux ne subissent pas les mêmes conséquences, et tous ne participent pas également aux décisions qui concernent le territoire et l’océan. Les pêcheurs artisanaux comptent parmi les groupes les plus exposés. Ils dépendent directement de ressources qui peuvent devenir plus variables, font face à la hausse de leurs coûts d’exploitation et ont moins de capacité financière pour absorber les périodes de faibles captures. En outre, lorsque de nouvelles activités occupent des zones côtières traditionnellement utilisées pour la pêche, ils peuvent perdre l’accès à des zones importantes sans compensation adéquate.

Les communautés côtières sont aussi exposées à l’érosion, aux inondations, à la dégradation de la qualité de l’eau et à la perte d’habitats protecteurs. Les plages, les dunes, les zones humides, les récifs et les autres habitats côtiers n’ont pas qu’une valeur écologique : ils contribuent à la protection du littoral, à la pêche, au tourisme et à la sécurité des personnes.

Certains secteurs, en revanche, peuvent tirer profit de l’essor de l’économie bleue. Le tourisme côtier, les ports, le transport maritime, les énergies marines renouvelables, l’aquaculture et d’autres activités peuvent créer des emplois et des recettes. Les bénéfices ne sont toutefois pas automatiquement répartis de manière équitable. Il existe un risque de privatiser les bénéfices tout en socialisant les coûts environnementaux : certains acteurs en tirent profit tandis que les communautés supportent la perte d’accès, la pollution ou la dégradation des ressources.

Les écosystèmes les plus exposés combinent une forte importance écologique, une répartition restreinte et une pression humaine intense. Ce sont notamment les habitats côtiers, les récifs et les communautés benthiques, les plages de ponte, les aires d’alimentation des tortues et des oiseaux marins, les zones de frai et de nourricerie des poissons, et les habitats d’espèces endémiques ou menacées.

Les espèces migratrices font aussi face à des risques qui dépassent le territoire national. Oiseaux marins, tortues, cétacés, requins et d’autres organismes fréquentent des zones réparties entre plusieurs pays et régions océaniques. Une mesure de conservation adoptée en un lieu peut être insuffisante si les menaces persistent ailleurs dans leur cycle de vie. Ces changements engendrent des conflits entre conservation et extension des infrastructures ; entre pêche artisanale et pêche industrielle ; entre tourisme et accès des communautés au littoral ; entre exploitation des ressources et intégrité écologique ; entre création d’aires protégées et maintien des activités traditionnelles ; et entre intérêts de court terme et résilience de long terme.

À mon avis, la question centrale n’est pas simplement de savoir qui utilise le territoire, mais qui décide, avec quelles informations et quelles responsabilités, et selon quels mécanismes de répartition des bénéfices et des coûts. La planification de l’espace maritime doit donc être participative, fondée sur des données probantes et capable de reconnaître les droits, les besoins et les savoirs des communautés locales.

Comment l’insularité du Cap-Vert influence-t-elle la diversité génétique des espèces et la vulnérabilité des écosystèmes aux perturbations rapides ?

L’expérience qui devrait contribuer davantage aux débats internationaux est celle des communautés qui vivent chaque jour avec la variabilité de l’océan et les limites concrètes d’un territoire insulaire. Les débats internationaux sont souvent dominés par de grands modèles, des indicateurs mondiaux et des solutions technologiques, tandis que les expériences locales ne sont traitées que comme des informations d’appoint.

Les pêcheurs, par exemple, observent l’évolution des périodes de présence des espèces, de la position des bancs, de l’état de la mer, des vents, des courants, des zones de reproduction et du lien entre conditions océanographiques et réussite de la pêche. Cette observation se construit sur de nombreuses années et possède une résolution spatiale et temporelle que n’ont pas toujours les programmes scientifiques classiques.

Je considère aussi comme insuffisamment entendue l’expérience des institutions locales, des associations communautaires, des ONG et des techniciens qui travaillent avec des moyens limités. Ces acteurs connaissent les difficultés pratiques de la mise en œuvre des politiques environnementales dans un archipel : capacités de contrôle insuffisantes, difficultés de déplacement entre les îles, rareté des données, rotation du personnel, limites des laboratoires et nécessité de concilier la conservation avec des besoins économiques immédiats.

Mon expérience professionnelle me conduit à défendre une idée simple : la conservation ne peut pas se construire seulement en produisant des connaissances ; elle doit aussi produire de la confiance, de la participation et des capacités locales. Une aire protégée peut exister formellement, mais elle restera fragile si les communautés n’en comprennent pas les objectifs, ne participent pas à sa gestion ou ne bénéficient pas des opportunités que la conservation peut créer.

Le Cap-Vert peut apporter une perspective internationale importante sur la gestion de la biodiversité, de la pêche et de l’adaptation au climat dans des conditions d’insularité, de ressources limitées et de forte dépendance à l’océan. L’expérience cap-verdienne montre que la conservation dans les petits États insulaires doit être participative, mais avec des responsabilités claires. Les savoirs locaux ne devraient pas servir seulement à légitimer des décisions déjà prises. Ils devraient aider à définir les problèmes, choisir les indicateurs, interpréter les résultats et évaluer les mesures de gestion.

Comment l’insularité du Cap-Vert influence-t-elle la diversité génétique des espèces et la vulnérabilité des écosystèmes aux perturbations rapides ?

L’insularité du Cap-Vert influence la diversité génétique par plusieurs mécanismes. Dans de nombreux cas, l’isolement géographique a réduit les flux de gènes entre les populations des différentes îles, ainsi qu’entre l’archipel et les populations continentales. En conséquence, les populations insulaires se sont différenciées génétiquement au fil du temps, en particulier chez les espèces peu mobiles.

Les îles tendent aussi à abriter des populations plus petites. Les petites populations sont plus sensibles à la dérive génétique, c’est-à-dire à la perte aléatoire de variants génétiques d’une génération à l’autre. Elles peuvent aussi connaître des goulets d’étranglement démographiques, de la consanguinité et une diversité génétique réduite. Ces processus limitent leur capacité d’adaptation aux maladies, au changement climatique, aux nouvelles pressions environnementales et aux variations de la disponibilité alimentaire.

L’insularité du Cap-Vert n’a cependant pas produit le même résultat dans tous les cas. Chez les espèces marines à forte capacité de dispersion, comme certains poissons, les tortues, les cétacés ou les organismes transportés par les courants, les flux de gènes restent relativement élevés. Le Cap-Vert se situe en outre dans une région océanique influencée par les courants et par la circulation des organismes à travers l’Atlantique, ce qui a permis une connectivité au sein de la Macaronésie et avec la Méditerranée.

L’insularité peut aussi favoriser la différenciation et l’endémisme. Lorsqu’une population reste isolée pendant de longues périodes, elle peut accumuler des caractéristiques génétiques et écologiques propres. Cela accroît sa valeur de conservation, même lorsque l’espèce est présente dans d’autres régions.

La vulnérabilité aux perturbations rapides apparaît lorsqu’une population a une répartition restreinte, une petite taille et une connectivité limitée. Une perturbation locale, comme une surpêche intense, une maladie, un déversement polluant, la dégradation d’un habitat ou l’introduction d’un prédateur, peut toucher une grande partie de la population totale. Les populations connectées peuvent bénéficier d’une recolonisation ou d’un sauvetage démographique par immigration. Dans les populations isolées, le rétablissement peut être beaucoup plus lent, voire impossible. La génétique peut donc éclairer des décisions concrètes : quelles populations traiter séparément, où créer des zones protégées, quelles populations ont besoin d’un rétablissement, et s’il est opportun de déplacer des individus ou si cela risque de créer des risques génétiques.

Quelles espèces envahissantes sont aujourd’hui les plus préoccupantes, et quelles difficultés scientifiques ou institutionnelles limitent leur suivi et leur maîtrise ?

Je serais prudent avant de présenter une liste définitive des « espèces les plus préoccupantes », car les priorités dépendent de la confirmation taxonomique, de la répartition, de l’abondance, de la capacité de propagation et des impacts observés. Le Cap-Vert présente encore d’importantes lacunes d’inventaire et de suivi. Les priorités devraient donc être définies par groupes fonctionnels, voies d’introduction et sites à haut risque.

En milieu marin, les ports et les marinas devraient être des sites prioritaires. Dans une étude menée dans le nord de l’archipel, j’ai recensé 11 espèces non indigènes, principalement dans la marina de Mindelo, à Porto Grande et dans d’autres sites liés à l’activité portuaire. Cela indiquait une richesse et une diversité d’espèces non indigènes plus élevées dans les ports et les marinas que sur les sites naturels.

Parmi les groupes qui demandent une attention particulière figurent les organismes salissants transportés sur la coque des navires, comme les ascidies, les bryozoaires, les éponges, les algues et d’autres invertébrés associés aux structures portuaires. Des organismes, dont des macroalgues à colonisation rapide, peuvent aussi être transportés par les eaux de ballast et les sédiments. À terre, les préoccupations portent sur les rongeurs, les chats, les chiens et les singes, ainsi que sur les insectes et les agents pathogènes liés au commerce et au transport de plantes et d’animaux.

Les prédateurs introduits sont particulièrement préoccupants sur les îles, car les oiseaux marins qui nichent au sol ou en petites colonies sont vulnérables. Les oiseaux endémiques du Cap-Vert sont menacés notamment par les prédateurs envahissants, la dégradation des habitats, la pollution lumineuse, les perturbations humaines et les captures accidentelles par la pêche.

Les principales difficultés scientifiques tiennent à l’absence d’un état de référence complet de la biodiversité locale ; à la difficulté de distinguer les espèces indigènes, introduites, cryptogènes et récemment établies ; au manque de taxonomistes spécialisés ; et à l’insuffisance des séries temporelles permettant de suivre l’évolution des populations. S’y ajoutent l’identification des larves et des petits organismes, la détection précoce des invasions, l’insuffisance des données sur les impacts écologiques et économiques, et une intégration limitée entre les observations portuaires, la recherche universitaire et les bases de données existantes.

La génétique et l’ADN environnemental peuvent nettement améliorer la détection et l’identification des espèces, mais ils ne remplacent pas les connaissances taxonomiques ni la confirmation par des spécimens, des images ou d’autres méthodes complémentaires. Les difficultés institutionnelles tiennent au morcellement des responsabilités, à l’absence de contrôle continu, à une coordination limitée entre les secteurs des ports, de l’environnement, de l’agriculture, de la pêche et de la santé, et à l’insuffisance des moyens humains, techniques et financiers pour une réponse rapide.

Comment traduire les inventaires de biodiversité et les données génétiques en décisions concrètes de conservation et d’aménagement de l’espace ?

Les inventaires de biodiversité ne sont utiles à la conservation que lorsqu’ils répondent à des questions de gestion. Un inventaire ne devrait pas être considéré comme une liste figée d’espèces, mais comme une base pour identifier les zones importantes, suivre les tendances, évaluer les menaces et fixer des priorités. La première étape consiste à transformer les données en cartes de répartition, d’abondance, de richesse, d’endémisme, de rareté, de connectivité et de menaces. Ces cartes peuvent appuyer la désignation ou l’extension d’aires protégées, identifier les zones de reproduction et d’alimentation, ou localiser des corridors écologiques.

Il est important de passer d’une approche fondée sur la présence ou l’absence à une approche fondée sur des indicateurs. Par exemple, la décision de protéger une zone devrait tenir compte non seulement du nombre d’espèces recensées, mais aussi des espèces endémiques, de la fonction écologique de l’habitat, de la connectivité, de la vulnérabilité et de l’importance de la zone pour les communautés.

Les données génétiques ajoutent des dimensions que les inventaires classiques ne peuvent révéler. Deux populations peuvent se ressembler morphologiquement tout en étant génétiquement différenciées. À l’inverse, des populations géographiquement séparées peuvent avoir une forte connectivité. La génétique peut aider à identifier les populations isolées, les unités de gestion, l’intensité des flux de gènes et la présence d’espèces cryptiques.

Si l’analyse génétique montre que la population d’une espèce menacée présente une faible diversité et une connectivité limitée, la décision peut être de protéger son habitat de reproduction, de réduire la mortalité des adultes, d’introduire des mesures de connectivité ou d’évaluer avec prudence un renforcement de population. Cela ne signifie pas nécessairement transporter des individus depuis une autre île. Une telle décision exigerait d’évaluer la compatibilité génétique, les risques de transmission de maladies et la perturbation possible des adaptations locales.

De même, si un inventaire révèle une forte concentration d’espèces non indigènes dans une marina, cela devrait déboucher sur des mesures concrètes de biosécurité, d’inspection des navires, de nettoyage des coques, de gestion des eaux de ballast, de formation des opérateurs et de suivi régulier.

L’objectif final est d’établir une chaîne claire entre données, interprétation, décision, mise en œuvre et évaluation.

Quels savoirs détenus par les pêcheurs, les agriculteurs ou les communautés locales pourraient compléter les méthodes scientifiques d’observation de la biodiversité ?

Les savoirs des pêcheurs, des agriculteurs et des communautés locales peuvent compléter la science de plusieurs façons. Leur valeur ne tient pas seulement à des observations ponctuelles, mais à la préservation de séries de mémoire écologique qui peuvent couvrir des décennies.

Les pêcheurs peuvent fournir des informations sur les lieux de pêche traditionnels et sur l’évolution de l’abondance et de la taille des poissons. Les changements saisonniers, les périodes de reproduction et la présence ou l’absence d’espèces rares ou peu communes peuvent être précieux pour la gestion des ressources. Les agriculteurs et les éleveurs peuvent aider à expliquer l’évolution de la répartition des plantes, des périodes de floraison et de fructification, la présence d’espèces envahissantes et des aspects importants de l’érosion et de la dégradation des sols.

À l’interface terre-mer, les communautés côtières peuvent fournir des informations rapides et précises sur la dynamique des écosystèmes côtiers. De nombreux échouages de grands organismes et pontes de tortues sont d’abord signalés par des habitants qui fréquentent le littoral. Ces savoirs devraient être intégrés au moyen de méthodes rigoureuses, notamment des entretiens semi-directifs, une cartographie participative, des carnets de bord, un suivi communautaire, des photographies géoréférencées et des plateformes numériques simples. La science participative peut être particulièrement utile pour détecter les espèces envahissantes. Des programmes associant des plongeurs et des opérateurs locaux, par exemple, ont déjà démontré leur capacité à produire de nouvelles observations et à étendre la couverture spatiale du suivi.

Il ne s’agit pas de remplacer les méthodes scientifiques par les savoirs locaux, mais d’établir une complémentarité. La science peut apporter la standardisation, l’analyse statistique, l’identification moléculaire et la comparaison régionale. Les communautés peuvent apporter la continuité dans le temps, la connaissance des micro-habitats, l’interprétation en contexte et la capacité à détecter les changements qui surviennent entre deux campagnes scientifiques.

Quelles formes de coopération régionale et internationale seraient les plus utiles pour renforcer la biosécurité et les capacités scientifiques des petits États insulaires ?

Pour les petits États insulaires comme le Cap-Vert, la coopération régionale devrait être concrète, stable et orientée vers des capacités durables, plutôt que de se limiter à des projets de court terme. La coopération la plus utile laisse dans le pays des infrastructures, des compétences, des protocoles, des bases de données et des professionnels formés.

Premièrement, il serait important de développer un réseau régional de biosécurité marine réunissant la Macaronésie, l’Afrique de l’Ouest et d’autres petits États insulaires. Ce réseau pourrait harmoniser les protocoles d’échantillonnage, d’identification, d’analyse des risques et de réponse aux espèces envahissantes.

Deuxièmement, les pays devraient partager les informations sur les navires, les ports, les marinas et les voies d’introduction. Les données sur les espèces détectées dans un port peuvent aider à anticiper les risques dans d’autres ports de la région. Une plateforme régionale pourrait intégrer les observations d’espèces non indigènes, des images, des codes-barres génétiques, des échantillons de référence et des alertes de détection précoce.

Troisièmement, les capacités de laboratoire doivent être renforcées. Tous les pays n’ont pas besoin de disposer immédiatement de toutes les techniques, mais la région devrait avoir des laboratoires de référence pour l’identification taxonomique classique et le barcoding, afin de détecter le biote indigène comme non indigène. La coopération a soutenu des échanges d’échantillons, des formations techniques, des programmes de mobilité, des co-encadrements d’étudiants et des recherches collaboratives. Les universités cap-verdiennes ont joué un rôle fondamental dans la formation de techniciens et de chercheurs qui restent attachés aux enjeux nationaux.

À mon sens, la coopération régionale devrait aussi soutenir le contrôle et la mise en œuvre des conventions internationales. Pour les eaux de ballast, par exemple, une adhésion formelle ne suffit pas : il faut des inspecteurs formés, du matériel d’échantillonnage, des laboratoires, des procédures juridiques et une coordination portuaire.

Je considère aussi quatre formes de coopération comme essentielles.

La coopération scientifique, pour produire des connaissances et développer des méthodes.

La coopération institutionnelle, pour harmoniser la législation, le contrôle et le partage des données.

La coopération financière, pour garantir un suivi continu plutôt que des projets isolés. La coopération communautaire, pour associer les pêcheurs, les opérateurs portuaires, les agriculteurs, les ONG et les écoles.

La coopération internationale devrait éviter une relation fondée uniquement sur le transfert de technologies. Le Cap-Vert a besoin d’accéder à des équipements et à des financements, mais il doit aussi participer à la définition des questions scientifiques, à la gestion des données et à l’interprétation des résultats.

À mon avis, la priorité devrait être de bâtir une architecture de coopération à trois niveaux : de solides capacités nationales, des réseaux régionaux opérationnels et un soutien international prévisible. Ce n’est qu’ainsi que le Cap-Vert pourra cesser d’être un territoire qui reçoit des réponses extérieures pour devenir un partenaire actif de la production de connaissances et de la gouvernance atlantique.

Informations documentaires

Type
Article
Date
14 octobre 2026
Auteur
Evandro Pires Lopes
Centre d’études
ONS
Langue originale
anglais
Document original
PDF, 6 pages
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