Colloquemars 202514 min de lecture
Colloque: Gestion des aires marines protégées et enjeux géopolitiques
La gestion des aires marines protégées : entre protection de la biodiversité, enjeux géopolitiques et intégration des usages
Deep Blue Foundation

Résumé
Compte rendu de la table ronde consacrée aux aires marines protégées lors du colloque des Académies de marine européennes, à Marseille en mars 2025. Modérée par Catherine Chabaud, elle a réuni Louis le Hardÿ de Beaulieu sur le cadre juridique belge, Moritz Brake et Goran Swistek sur la sécurité des infrastructures maritimes critiques, et Didier Réault sur la gestion du Parc national des Calanques.
Informations générales
- Intitulé de l’événement : Thème n°2 : les aires marines protégées (dans le cadre d’un colloque plus large)
- Organisateur : Académie de marine
- Date : 25 et 26 mars 2025
- Lieu : Marseille, École nationale supérieure maritime (ENSM) et TANGRAM Center de CMA CGM
- Modération : Catherine Chabaud
- Thème : Les enjeux liés à la création, la gestion et la protection des aires marines protégées (AMP), à la croisée des impératifs de biodiversité, des usages maritimes (pêche, énergie), de la gouvernance internationale et des défis sécuritaires et géopolitiques.
- Synthèse réalisée par : Deep Blue
Présentation du colloque
Cette table ronde, organisée par l’Académie de marine et modérée par Catherine Chabaud, navigatrice et ancienne députée européenne, a pour objet d’examiner les multiples facettes des aires marines protégées (AMP). Face aux pressions croissantes sur les écosystèmes marins, les AMP constituent un outil essentiel de préservation de la biodiversité.
Les échanges visent à aborder la définition, les objectifs et les défis de ces zones, notamment à la lumière de l’objectif international « 30 par 30 » (protéger 30 % des océans d’ici 2030). La discussion s’articule autour des interventions successives de plusieurs experts, abordant les cadres juridiques, les enjeux de sécurité des infrastructures critiques, les retours d’expérience de gestion locale (Parc national des Calanques), et l’articulation entre protection et activités économiques comme la pêche. La rencontre a également permis d’élargir la perspective aux enjeux géopolitiques et à la résilience des chaînes d’approvisionnement européennes.
Participants
Modératrice :
- Catherine CHABAUD — Navigatrice, ancienne députée européenne.
Intervenants :
- Louis LE HARDŸ DE BEAULIEU — Professeur à l’Université catholique de Louvain, professeur invité à l’Université de Namur, président honoraire de l’Académie royale de marine de Belgique.
- Dr Moritz BRAKE — Expert en résilience maritime, officier de réserve de la marine allemande, entrepreneur et universitaire, délégué du Deutsches Maritimes Institut (DMI).
- Dr Goran SWISTEK — Directeur adjoint et chercheur, Institut pour la sécurité et la politique de Kiel (ISPK).
- Didier RÉAULT — Président du Conseil d’administration du Parc national des Calanques, Vice-président de la métropole Aix-Marseille-Provence délégué à la mer, au littoral et au cycle de l’eau, Vice-président du département des Bouches-du-Rhône chargé des solutions fondées sur la nature.
- Un intervenant de la salle — Expert en pêche et gouvernance internationale.
- Alain LAUREC — Expert en gestion des pêcheries.
Autres participants mentionnés :
- Jean-Emmanuel Sauvée — Président de l’Académie de marine.
- François Lambert — Directeur général de l’ENSM.
- Amiral Karsten Schneider — Président du Deutsches Maritimes Institut (DMI).
- Colin Cameron — Ancien ami et mentor de M. Brake.
- Catherine Mersali, Charles Kyoun — Auditeurs posant des questions.
- Un élève de la Marine marchande, Marseille — Auditeur posant une question.
Compte rendu des interventions
I. Les sept défis structurants des aires marines protégées
Intervention de Catherine CHABAUD, navigatrice et ancienne députée européenne
En introduction de la table ronde, Catherine Chabaud expose le cadre général et les enjeux fondamentaux liés aux aires marines protégées (AMP). Elle rappelle que ces espaces sont une réponse à cinq pressions majeures sur les écosystèmes marins : le changement climatique, les pollutions terrestres, la surexploitation des ressources, la destruction des habitats et les espèces invasives.
A. Le cadre international et européen des aires marines protégées
Catherine Chabaud rappelle la définition des AMP : des zones délimitées en mer où des mesures spécifiques visent à protéger la faune, la flore et les habitats. Au niveau mondial, les AMP couvrent environ 7,5 % des océans, avec un objectif de 30 % d’ici 2030 (« 30 par 30 »). En Europe, la protection est principalement assurée par le réseau Natura 2000 en mer.
B. Les sept défis majeurs identifiés pour les AMP
La modératrice structure son analyse autour de sept défis principaux :
- 1. Le défi de la connaissance : Identifier les espèces et les écosystèmes à protéger.
- 2. Le défi de l’identification des pressions : Évaluer localement les pressions et mettre en place des indicateurs de suivi.
- 3. Le défi de la co-construction : Associer toutes les parties prenantes (« approche socio-systémique ») à la création des AMP.
- 4. Le défi de la gestion et du financement : Assurer des moyens financiers et des capacités de surveillance, notamment contre la pêche illicite.
- 5. Le défi du niveau de protection : Débattre de la définition de la protection (stricte, forte), en soulignant la position française spécifique de « protection forte » qui, bien que pertinente, pourrait fragiliser sa crédibilité internationale car non reconnue ailleurs.
- 6. Le défi de la connectivité : Créer des réseaux d’AMP connectées entre elles, comme l’initiative « Grande Ceinture Bleue » (Blue Belt).
- 7. Le défi diplomatique : Surmonter les blocages politiques à la création d’AMP en haute mer (négociation BBNJ) ou en Antarctique, où un projet est bloqué depuis dix ans par la Chine et la Russie.
En conclusion de son propos, Mme Chabaud exprime son attachement au concept des « aires marines éducatives », initiées en 2012 aux Marquises.
II. La double protection du milieu marin et des infrastructures critiques : l’approche belge
Intervention de Louis LE HARDŸ DE BEAULIEU, professeur à l’Université catholique de Louvain et membre de l’Académie royale de marine de Belgique
Le professeur le Hardÿ de Beaulieu centre son intervention sur le cadre juridique belge, mettant en évidence la convergence récente entre la protection environnementale et la sécurité des infrastructures critiques.
A. Le renforcement du cadre légal belge pour la protection marine
Une loi de 1999 a été remplacée en 2022 pour élargir son champ à l’aménagement des espaces marins. Cette évolution s’explique par la position stratégique des eaux belges, l’évolution des risques et une procédure d’infraction de la Commission européenne. La nouvelle loi introduit la notion de « perturbation environnementale » et un régime d’autorisation général pour toute activité dans les espaces protégés, qui représentent 37 % des espaces marins sous juridiction belge.
B. Un champ d’application spatial et personnel étendu
La loi s’applique à toute personne, y compris les forces armées, dans la mer territoriale, la ZEE et sur le plateau continental belge. De manière plus stricte, elle s’applique aux ressortissants et navires belges partout dans le monde, les exposant à des sanctions pour des infractions commises hors des eaux nationales. Dans les zones protégées, un principe d’interdiction prévaut : toute activité est interdite sauf autorisation.
C. La convergence entre protection de l’environnement et sécurité des infrastructures critiques
L'intervenant souligne que la protection des infrastructures (oléoducs, câbles, parcs éoliens) est devenue indissociable de la protection de l’environnement marin, comme l’a montré un sommet de la mer du Nord en 2023. Des dommages sur ces installations auraient des conséquences environnementales majeures. Inversement, il évoque la menace posée par des navires étrangers qui, sous couvert de « passage inoffensif », repèrent ces infrastructures, en violation du droit de la mer. Des sabotages constitueraient une forme de guerre hybride.
III. Planification maritime, aires protégées et infrastructures à impact positif
Intervention de la modératrice (Catherine Chabaud)
La modératrice fait la transition entre les interventions, en soulignant le lien entre la montée en puissance des AMP et la planification des espaces maritimes. Elle valorise le concept d’infrastructures maritimes « à impact positif », conçues pour favoriser la biodiversité, et invite les participants à formuler des propositions pour une déclaration finale du colloque.
IV. Protection et résilience des infrastructures critiques maritimes : une perspective allemande
Intervention de Dr Moritz BRAKE, expert en résilience maritime, délégué du Deutsches Maritimes Institut (DMI)
Dr Moritz Brake situe son propos (en anglais après un préambule en français) à l’interface entre durabilité, sécurité et géopolitique, en transmettant les salutations de l’amiral Karsten Schneider, président du DMI.
A. Articulation entre durabilité, protection environnementale et sécurité
S’inscrivant dans le fil des interventions précédentes, Dr Brake affirme qu’il existe un lien fort (« strong link ») entre la durabilité, la protection de l’environnement et la sécurité/géopolitique. Selon lui, on ne peut traiter l’un de ces axes en ignorant les autres, et travailler sur l’un bénéficiera aux autres. Convoquant la figure de Joseph Conrad, il avance que la perspective maritime est essentielle pour comprendre la condition humaine et les enjeux géopolitiques actuels.
B. Positionnement professionnel et méthodologique
Dr Brake décrit son parcours du niveau tactique (Marine) aux niveaux stratégique et politique (think tanks, conseil), annonçant vouloir partager des réflexions sur la protection et la résilience des infrastructures critiques maritimes dans une perspective allemande applicable au défi européen.
V. L’impératif de sécurité comme condition de la durabilité maritime
Intervention du Dr Goran SWISTEK, Directeur adjoint et chercheur à l’Institut pour la sécurité et la politique de Kiel (ISPK)
Le Dr Swistek soutient que les enjeux de sécurité nationale et de géopolitique sont indissociables des questions de durabilité. L’agressivité de certains acteurs étatiques, comme la Russie, impose de reconsidérer la protection des infrastructures critiques et des lignes de communication maritimes comme une priorité absolue.
A. Les dimensions sécuritaires multiples des activités maritimes
Le Dr Swistek illustre l’interconnexion entre sécurité et activités maritimes :
- 1. La piraterie en Somalie : La sécurité maritime a été une condition préalable à la subsistance des pêcheurs locaux.
- 2. Le déminage en mer Baltique : Ce projet écologique est une cible potentielle face à « l’agresseur à l’Est », nécessitant une approche sécuritaire.
- 3. La protection des parcs éoliens offshore : Le développement des énergies renouvelables en mer crée un dilemme. Ces infrastructures, vitales mais vulnérables, exposent à des attaques et compliquent la défense, comme en Suède où des projets ont été abandonnés pour des raisons de défense.
B. La sécurité des infrastructures maritimes critiques comme enjeu fondamental
L'intervenant distingue deux types d’infrastructures à protéger :
- 1. Les infrastructures tangibles : pipelines, câbles, plateformes, et surtout les parcs éoliens offshore. La mer du Nord est destinée à devenir une « centrale électrique » mondiale, nécessitant une nouvelle approche de protection.
- 2. Les infrastructures intangibles : le système global de commerce et les lignes de communication maritimes. Toute perturbation (mer Rouge, détroit de Malacca) a des conséquences économiques directes pour l’Europe.
C. L’urgence géopolitique face aux menaces actuelles
Dr Swistek oppose l’approche européenne de coopération (visant à « agrandir le gâteau ») à celle de la Russie et de la Chine, qui perçoivent les relations internationales comme un jeu à somme nulle. Face à la menace d’une attaque russe contre un pays de l’OTAN d’ici quatre ans, la priorité absolue est le renforcement de la capacité de dissuasion et de défense. Sans cela, « nous perdrons l’avenir ». Il note enfin la complexité de la gouvernance de la sécurité maritime en Allemagne, qui entrave une action coordonnée.
VI. La gestion d’une aire marine protégée : l’exemple du Parc national des Calanques
Intervention de Didier RÉAULT, Président du Parc national des Calanques
Didier Réault présente la genèse, les objectifs et les actions du Parc national des Calanques comme un cas d’étude de la gestion intégrée d’un espace naturel soumis à de fortes pressions, aux portes d’une grande métropole.
A. La genèse du Parc : une volonté locale de protection intégrée
Le projet, né il y a vingt ans d’une préoccupation locale (protection contre les incendies), visait à organiser la coexistence entre préservation et accès du public. Le statut de parc national a été retenu après douze ans de débats complexes qui, paradoxalement, ont conféré au parc une forte notoriété.
B. Les défis d’un territoire terre-mer interdépendant
Le parc fait face à de multiples défis : intégrer les usages (pêche, loisirs), gérer la surfréquentation, lutter contre les pollutions et assurer la continuité écologique avec les parcs voisins. Il doit protéger un patrimoine exceptionnel, avec de nombreuses espèces menacées.
C. Les actions concrètes pour la protection du milieu marin
M. Réault détaille plusieurs initiatives :
- 1. Caractérisation des pollutions sonores via des hydrophones.
- 2. Suivi du changement climatique et de son impact sur les espèces fixes comme les gorgones.
- 3. Développement d’une méthodologie « carbone bleu » pour évaluer la capacité de stockage des herbiers de posidonie, afin de mobiliser des financements (crédits carbone), bien que le projet se heurte à des difficultés méthodologiques.
- 4. Protection des espèces mobiles (poissons, oiseaux marins), notamment pour comprendre les interactions avec les futurs parcs éoliens offshore.
D. Ajustements avec les promoteurs d’éoliennes et gestion des usages
M. Réault souligne la bonne coopération avec les promoteurs éoliens pour réduire les impacts. Parallèlement, le parc a travaillé avec les pêcheurs et les transporteurs de passagers. Le nombre de chalutiers a chuté de sept ou huit à un seul, tendance attribuée à la fois aux actions du parc et à des facteurs structurels.
E. Accueil du public, science participative et modèle économique
Il insiste sur la triple mission du parc : protection, connaissance et diffusion. Plutôt que d’interdire, il s’agit d’accueillir et d’accompagner le public. Il met en avant la science participative (comptage de mérous) qui montre une progression « extrêmement importante » des indicateurs. Enfin, il plaide pour un modèle économique mixte, inspiré des pratiques anglo-saxonnes, afin de compléter les financements de l’État, le parc fonctionnant avec 60 agents alors que les besoins seraient de 100.
VII. Discussion générale et échanges avec la salle
A. Aires marines protégées et pêche : une articulation ancienne et nécessaire
Intervention d’un intervenant de la salle, expert en pêche et gouvernance internationale
L‘intervenant conteste l’opposition entre AMP et pêche, la qualifiant d’« artificielle ». Il rappelle que la pêche utilise des zones de protection depuis des décennies. Concernant l’accord sur la biodiversité marine en haute mer (BBNJ), il précise qu’il couvre bien la pêche, qui dispose par ailleurs de ses propres instruments de gestion. Il cite en exemple la coopération dans le nord-est atlantique entre la convention OSPAR (environnement) et la NEAFC (pêche), qui coordonnent leurs actions de protection en haute mer. Il conclut sur la nécessité de cohérence entre les politiques nationales et internationales.
B. Durabilité et défense : une convergence nécessaire
Intervention de Dr Moritz BRAKE
Dr Brake établit un parallèle entre les débats opposant pêche et préservation, et ceux opposant durabilité et défense. Il soutient que les marines jouent un rôle clé dans l’application de la gouvernance des océans, y compris la protection des pêches et des infrastructures. Les régulations environnementales peuvent être des instruments robustes pour protéger les intérêts en mer, face à des menaces comme la « flotte fantôme » russe.
C. Gouvernance des AMP : co-construction et gestion de la fréquentation
Question de Catherine (participante)
Une participante interroge la gouvernance des quotas d’accès dans les Calanques, rappelle le rôle précurseur des pêcheurs à la Côte Bleue, et insiste sur l’importance de la co-construction.
Réponse de Didier RÉAULT
M. Réault confirme que la sensibilisation du public est une mission clé. Il rappelle que si les pêcheurs ont été co-créateurs du parc marin de la Côte Bleue, ils furent plus réticents aux Calanques avant de rallier des pratiques plus durables. Il identifie la pêche récréative illégale (« braquo ») comme un enjeu majeur, traité par une action judiciaire dédiée. Concernant la surfréquentation, il détaille le dispositif de réservation gratuite pour la calanque de Sugiton, limitant l’accès à 400 personnes par jour, ce qui a permis de stopper l’érosion et a reçu une acceptation sociale « complète ».
D. Questions et réponses sur la pêche, la sécurité et la diplomatie
Question de Charles Kyoun (auditeur)
Un auditeur pose trois questions :
- 1. Sur la possibilité d’un « stabilisateur économique » pour les pêcheries.
- 2. Sur l’accroissement de la légitimité des AMP par la communication (« faire savoir »).
- 3. Sur les investigations concernant le sabotage de Nord Stream.
Réponse d’Alain LAUREC, expert en gestion des pêcheries
M. Laurec répond à la première question. Réduire le taux d’exploitation permet de dépendre de plusieurs classes d’âge, ce qui atténue la volatilité des stocks. Cette approche offre un double bénéfice : économique (moindre volatilité pour les pêcheurs) et écologique (biomasse plus proche de l’état naturel).
Réponse de Dr Moritz BRAKE
Concernant Nord Stream, Dr Brake rappelle l’absence de résultats officiels mais souligne que des acteurs (citant la Russie comme suspect « naturel ») exploiteront les vulnérabilités existantes. Il insiste sur l’impératif de sécuriser les actifs, de surveiller et de documenter les comportements suspects.
Précision de la modératrice
La modératrice, Catherine Chabaud, nuance l’analyse des menaces en rappelant que la Chine a joué un rôle facilitateur et décisif dans les négociations sur la haute mer (BBNJ) et la biodiversité (COP15).
E. Éolien offshore et sécurité des approvisionnements
Intervention de Louis LE HARDŸ DE BEAULIEU
Sollicité sur l’intégration des parcs éoliens dans les AMP, le juriste rapporte que ces infrastructures peuvent avoir un effet récif positif sur la biodiversité locale. Il insiste cependant sur la nécessité d’un contrôle public renforcé pour prévenir les abordages, citant le risque de navires naviguant sans veille sur pilote automatique.
Intervention de Dr Moritz BRAKE
Répondant à un élève de la Marine marchande sur la défense des approvisionnements stratégiques, Dr Brake appelle à une planification exhaustive des besoins européens (transport, ressources humaines), inspirée des pratiques de la guerre froide. La sécurité des approvisionnements vise non seulement à éviter les pénuries civiles mais aussi à maintenir la production industrielle nécessaire à l’effort de défense, afin de dissuader l’adversaire.
Conclusion générale
Cette table ronde a mis en évidence la complexité de la gestion des espaces maritimes, à la jonction de logiques environnementales, économiques et géopolitiques.
- Les points de convergence majeurs résident dans la reconnaissance que la sécurité est une condition sine qua non du développement durable (Dr Swistek) et que l’opposition entre protection et usages (pêche) est artificielle et doit être dépassée par la co-construction (M. Réault et l’intervenant spécialiste de la pêche). La nécessité d’associer les usagers, de gérer la fréquentation et de diffuser la connaissance fait l’unanimité.
- Une tension fondamentale apparaît entre deux temporalités : l’urgence sécuritaire à court terme face à des menaces étatiques (Dr Swistek, Dr Brake) et la nécessité de la protection environnementale à long terme. L’arbitrage entre le déploiement d’infrastructures énergétiques et la vulnérabilité stratégique qu’elles créent demeure un défi.
- Des approches concrètes ont été présentées : la gestion par quotas de fréquentation (Calanques), la coopération entre organes de gestion de la pêche et de l’environnement (OSPAR/NEAFC), ou encore la planification stratégique des approvisionnements maritimes.
- Les questions restant ouvertes sont nombreuses : Comment financer durablement la gestion des AMP au-delà des budgets publics ? Comment harmoniser au niveau européen la sécurité des nouvelles infrastructures en mer ? Comment faire évoluer les cadres réglementaires pour intégrer ces dimensions (environnement, énergie, défense) souvent perçues comme contradictoires ?
En définitive, la discussion a souligné l’impératif d’une gouvernance intégrée et coordonnée des océans, à l’échelle locale, nationale et européenne, pour répondre simultanément aux urgences multiples. La modératrice a conclu en invitant les académies de marine à porter une ambition politique commune pour la mer, résumée par la devise : « L’Union fait la force. »
Informations documentaires
- Type
- Colloque
- Date
- mars 2025
- Auteur
- Deep Blue Foundation
- Éditeur
- Deep Blue Foundation
- Langue originale
- français
- Document original
- PDF, 11 pages
- Texte intégral
- Transcription du document original



